St Vincent de Paul

QUATRE SAINTS À INVOQUER EN CARÊME

Dans la Lettre apostolique Patrice corde (8 décembre 2020) le Pape François écrit en finale : « La mission spécifique des saints est non seulement d’accorder des miracles et des grâces, mais d’intercéder pour nous devant Dieu. (…) Ils aident tous les fidèles à chercher la sainteté et la perfection propres à leur état. Leur vie est une preuve concrète qu’il est possible de vivre l’Évangile. »

Voilà pourquoi nous vous proposons quatre figures de sainteté capables de nous accompagner au long de ce Carême.

 

Saint Vincent de Paul, apôtre de la charité (1581-1660)

Vincent naît à Pouy, dans les Landes. En 1828 la commune prendra le nom de Saint-Vincent-de-Paul.

Il est le troisième d’une fratrie de six ; ses parents sont des paysans de la classe moyenne. Il reçoit d’eux une foi vivante. Son intelligence est vite repérée et il sera encouragé à s’investir dans les études en vue de la prêtrise : ses parents investissent dans cette perspective et vendent une paire de bœufs pour financer le projet.

Il parvient à se faire ordonner prêtre par l’évêque de Périgueux en 1600 alors qu’il n’a que 19 ans : pour lui il fallait aller vite pour pouvoir le plus rapidement possible recevoir le bénéfice financier d’une paroisse… Il ira pour cela à Bordeaux, à Rome… On ne connaît pas son itinéraire exact, mais il semble que, capturé par des pirates, il ait été quelques temps esclave en Tunisie ?

Toujours est-il qu’on le retrouve à Paris en 1608 où il parvient à occuper le poste d’aumônier (chargé de distribuer des libéralités) de la reine Marguerite de Valois (première épouse d’Henri IV) : il côtoie la pauvreté, le manque d’hygiène, la maladie…

Deux ans plus tard c’est la rencontre décisive avec Pierre de Bérulle (qui bientôt fondera la congrégation de l’Oratoire). Devenu son conseiller spirituel, il l’initie à la spiritualité de l’« École française de spiritualité » qui marquera profondément la réforme de l’Église de notre pays dans la mouvance du concile de Trente (1545-1563) : les prêtres sont invités à vivre leur sacerdoce avec sérieux, en se formant pour s’enraciner dans le Christ et se mettre au service du peuple.

Après avoir traversé une crise intérieure, en 1612, Vincent se voit proposer par le futur cardinal une cure dans la campagne parisienne d’alors, à Clichy (dans l’actuel diocèse de Nanterre). Ce sera le lieu de sa conversion définitive au contact de ce peuple de paysans dont la prière l’émeut profondément et au milieu duquel il résidera (chose rare à l’époque…). L’« heureux curé de Clichy » (comme il le dira lui-même) restaure l’église en ruine, se met au service de ses fidèles, visite les malades, prêche, enseigne…

Toujours grâce à Monsieur Bérulle il entre au service de la puissante famille des Gondi : Philippe-Emmanuel est le général des galères du Royaume. Vincent devient le précepteur de ses enfants et accompagne Françoise-Marguerite qui gère les terres familiales. De nouveau il rencontre la pauvreté matérielle et spirituelle des gens des campagnes et se met à leur service avec l’aide de Madame de Gondi.

En 1617 il devient curé de Châtillon-les-Dombes (près de Lyon). Apprenant qu’une famille est dans une grande précarité, il le signale au cours de la messe et déclenche un élan de solidarité. Devant ce mouvement le prêtre s’interroge quant à la manière de l’organiser de façon efficace. Il rassemble des dames pieuses et généreuses, leur donne un règlement où il s’agit de servir les pauvres « comme s’il s’agissait de Dieu lui-même » : ce sera le début des « charités » ancêtres de nos actuelles Équipes Saint-Vincent-de-Paul.

Après être devenu en 1619 ce que l’on pourrait appeler l’aumônier général des galères et des bagnes, il se rend compte qu’il ne peut suffire à la tâche et fonde la Congrégation de la Mission (avec les subsides des Gondi), une société de prêtres missionnaires qui acceptent de « suivre le Christ évangélisateur des pauvres » : ce seront les Lazaristes ; la reconnaissance romaine viendra en 1633.

La réputation de Monsieur Vincent se répandant, des évêques font appel à lui pour la formation des prêtres ; il met alors sur pied des retraites d’ordinands, des conférences pour les prêtres. En 1641 il ouvre un séminaire à Annecy : c’est l’époque où Jean-Jacques Olier fonde la compagnie des prêtres de Saint-Sulpice dans le même objectif.

Parallèlement les Charités (dont sainte Louise de Marillac reçut la responsabilité en 1629) se sont multipliées et, pour aider les dames, de « simples filles de village » se présentent : la première sera Marguerite Naseau, vachère à Suresnes. C’est en 1633 le début de la Compagnie des Filles de la Charité (les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul).

Avec l’aide de ces collaboratrices, en 1638, il met en place « l’œuvre des Enfants trouvés de Paris ». Installée sur le parvis de Notre-Dame, elle reçoit les nouveaux-nés et les enfants en bas âge. Dix ans plus tard elle accueillait plusieurs centaines de petits.

En 1643 la reine Anne d’Autriche (veuve de Louis XIII) l’appelle au Conseil de conscience qui nomme les évêques et les abbés de monastères.

Le corps épuisé, il meurt à 79 ans ; une foule immense mêlant aristocrates et gens du peuple assiste à ses obsèques. Béatifié en 1729 il sera canonisé en 1737 et déclaré patron des instituts de charité. Sa dépouille est vénérée dans la chapelle des Lazaristes (95 rue de Sèvres à Paris).

Celui qui voulait devenir prêtre pour s’assurer une « honnête retirade » s’est laissé travailler par la rencontre des précaires et par la grâce de Dieu. Il a cherché à répondre aux besoins de son temps : les pauvres et les prêtres. Son œuvre se poursuit actuellement sur tous les continents grâce aux congrégations et aux œuvres qu’il a fondées et aussi grâce à celles et ceux dont il a inspiré l’engagement, à commencer par le bienheureux Frédéric Ozanam (1813-1853).

Mgr Yvon Aybram