Paul Hélène

QUATRE SAINTS À INVOQUER EN CARÊME

Dans la Lettre apostolique Patrice corde (8 décembre 2020) le Pape François écrit en finale : « La mission spécifique des saints est non seulement d’accorder des miracles et des grâces, mais d’intercéder pour nous devant Dieu. (…) Ils aident tous les fidèles à chercher la sainteté et la perfection propres à leur état. Leur vie est une preuve concrète qu’il est possible de vivre l’Évangile. »

Voilà pourquoi nous vous proposons quatre figures de sainteté capables de nous accompagner au long de ce Carême.

 

Bienheureuse Paul-Hélène Saint-Raymond, apôtre de la fraternité (1927-1994)

Elle est au nombre, avec en particulier les moines de Tibhirine, des « Dix-neuf martyrs d’Algérie » qui furent béatifiés à Oran le 8 décembre 2018.

Hélène naît à Paris ; elle est la huitième d’une famille profondément chrétienne de dix enfants. Elle accomplira toute sa scolarité à Sainte-Marie de Neuilly avant de préparer une licence de physique-chimie à La Sorbonne, ce qui l’amènera à fréquenter le Centre Richelieu (aumônerie des étudiants de Paris) et même à en être présidente. Une fois diplômée, elle entre comme ingénieur à L’Institut Français du Pétrole à Rueil-Malmaison (Neuilly et Rueil font partie de notre Diocèse).

Cependant, elle pensait à la vie religieuse et elle n’aura plus de doute après un pèlerinage en Terre Sainte vécu avec son jeune frère André (qui est prêtre du diocèse de Saint-Denis) : en 1952 elle entre chez les Petites Sœurs de l’Assomption. Celle qui devient Sœur Paul-Hélène prononce ses premiers vœux en 1954. Au cours de son noviciat elle sera travailleuse familiale et fera des études d’infirmière. À la veille de ses vœux solennels, en 1960, elle écrira : « J’ai le désir profond d’une disponibilité totale… où Dieu voudra. »

Trois ans plus tard elle est envoyée à Alger pour être la responsable d’un centre médicosocial tenu par les religieuses : c’est le début de l’indépendance du pays. La Sœur se donne pleinement à son travail, quitte à épuiser ses compagnes… et à s’épuiser elle-même.

En 1974 elle part pour Tunis puis pour Casablanca. Dix ans plus tard après un indispensable séjour de repos en France, elle revient en Algérie où elle sera infirmière scolaire à 160 kilomètres au sud de la capitale. Elle a régulièrement l’occasion de se rendre au monastère de Tibhirine.

Au moment de la retraite professionnelle, en 1988, c’est le retour à Alger, dans une petite communauté de trois sœurs. Pour autant elle ne sera pas inactive : celle qui parle l’arabe et même le dialecte local propose ses services au frère mariste Henri Vergès (arrivé en Algérie en 1969) qui accompagne des jeunes grâce à une bibliothèque installée dans la Casbah.

À partir de 1989 la situation politique se dégrade, des menaces sont proférées à l’égard des étrangers. Bien qu’elle se soit faite un jour agressée, Sœur Paul-Hélène accomplit chaque jour à pied le long trajet de trois-quarts d’heure qui sépare de quartier de Belcourt où réside sa communauté de celui de la bibliothèque. À Monseigneur Henri Tessier, archevêque d’Alger, qui lui recommandait la prudence elle répond : « Mais, Père, de toutes façons nos vies sont déjà données. »

Durant cette période troublée elle part de nouveau en pèlerinage avec son frère André, cette fois-ci à Tamanrasset à la rencontre de Charles de Foucauld. André se souvient : « Elle se sentait solidaire de tous les algériens et aurait considéré un peu comme une trahison de les abandonner au moment de la tourmente. » et encore : « Très respectueuse de la foi et de la religion musulmane, elle vivait sa propre vocation chrétienne sans peur ni ostentation : elle était libre. »

En novembre 1993 le GIA (Groupe Islamique Armé) lance un ultimatum à tous les étrangers : ils doivent partir. Largement appréciés, les religieux bénéficiaient pourtant de la protection de leur entourage et de plus ils prenaient des précautions pour leur sécurité. Malgré cela Sœur Paul-Hélène et le Frère Henri seront les premières victimes du groupe des dix-neuf martyrs (signalons que cette guerre civile a fait 200 000 victimes dont une centaine d’imans).

Le 8 mai 1994, alors qu’elle est à son poste à l’accueil de la bibliothèque, la Sœur meurt d’une balle de révolver dans la nuque avant que ses assassins ne s’en prennent au Frère.

Elle est inhumée au cimetière chrétien Belfort à El Harach, dans la banlieue d’Alger, auprès du Frère Henri et d’autres martyrs.


Puisse le témoignage rendu par ces baptisés d’époques et de conditions différentes nous encourager à avancer, nous aussi, sur le chemin de la sainteté : ils ont pris l’Évangile au sérieux et ils ont consenti à se laisser transformer par l’énergie de la grâce. La Bonne Nouvelle leur a donné l’audace de la conversion toujours possible.

Que la lumière qu’ils font briller sur l’Église nous éclaire afin que le temps de ce Carême nous permette de lire dans l’espérance cette promesse divine : « Vous vous sanctifierez et vous serez saints car moi, le Seigneur, je suis saint. » (Lv 11, 44).

Mgr Yvon Aybram